« La générosité ne tient pas toujours lieu de solution »

Par Mustapha Labraimi

Dans l’attente de la campagne électorale, les premières controverses sont déjà engagées. Une évidence de dire que l’enjeu des prochaines élections annoncées diffère autant pour les uns que pour les autres.

Mais avant toute autre chose, on pourrait s’interroger si ces prochaines élections groupées constitueront une rupture ou seront une continuité dans ce processus électoral qui a connu maints ajustements depuis 1976.

Autrement dit, la norme démocratique sera-t-elle prépondérante dans l’exercice de l’opération élective ; alors que la réticence et la défiance ne cessent de s’accroitre au sein de la population ? Car tout le monde en est conscient, l’abstention grandit et ses adeptes se font entendre de plus en plus et de plusieurs manières.

La population n’arrive pas à s’approprier « le jeu démocratique » et encore moins à comprendre la divagation qui donne au processus démocratique son cours méandriforme dans le champ politique national. Ses attentes sont telles, alors que les inégalités sociales ne font que se creuser, qu’elle voudrait se débarrasser du « bébé avec l’eau du bain » sans aucune rétrospective de ce qu’il a fallu comme luttes et sacrifices pour arriver à l’alternance consensuelle et à la consolidation du processus démocratique entamé il y a presque un demi-siècle. Les avancées démocratiques certaines d’hier ne suffisent plus à satisfaire une population de plus en plus consciente du temps pendant lequel elle vit et de ses exigences socioéconomiques, politiques et culturelles. Le changement démocratique est ainsi perçu dans sa globalité : des libertés individuelles et collectives confirmées, un droit économique irréprochable, une société ouverte et juste, une culture nationale qui s’émancipe des aliénations multiples dont elle est l’objet.

Mise à part l’adhésion consciente et générale de la population à la défense de l’intégrité territoriale du royaume, son incertitude s’est aggravée suite à l’échec du « gouvernement des compétences » à s’investir dans les réformes nécessaires à l’amélioration de sa situation. La très lente réactivité à initier les bases fondamentales pour répondre à l’exigence d’un « nouveau modèle de développement » accentue l’aigreur et entrave la mobilisation ; alors que le diagnostic, la réalité vécue, ne fait qu’approfondir les blessures dont certaines suppurent. L’absence de débat public, loin de la simple communication politique qui cherche à légitimer les actions entamées, écarte tout effort pédagogique pour renforcer la participation responsable de la population à des projets commandités par l’intérêt général. La dégradation de l’encadrement partisan et l’érosion de la crédibilité des organisations politiques fait que « le poisson pourri contamine l’ensemble du panier ». Le retard mis dans le renouvellement de l’élite n’encourage pas à croire aux promesses d’un lendemain meilleur.

Ce constat n’aide pas l’action des forces progressistes du pays à combattre l’obscurantisme, le nihilisme et tous les « ismes » qui maintiennent notre société dans le sous-développement. Il encourage les adeptes de la rente et accentue leur syndrome du « coq sur son tas de fumier » par l’usage de l’argent et l’exploitation de l’indigence et de la pauvreté d’une grande partie de la population qu’ils méprisent. Leurs actions visent, somme toute, le maintien de ce sous-développement qui favorisent leur richesse et leur fait croire à leur pouvoir. Ils mettent en cause la cohésion sociale en niant l’intelligence des masses populaires et en exploitant leurs vulnérabilités. Ils veulent croire que toutes les personnes de cette société en transformation sont autant égoïstes et narcissiques qu’ils le sont. Ils utilisent le processus démocratique pour renforcer leur pouvoir d’usage politique, en maximisant leurs dividendes dans les business en commettant plus qu’un délit et en faisant croire à leur aptitude à gouverner et à affirmer leur leadership. Le jet du boomerang se fait grâce aux millions accumulés sans vergogne. Sauf que le retour du boomerang peut être fatal à ceux qui croient devenir les maitres du jeu alors qu’ils ne sont que ses pions.
Malgré les dilemmes multiples qui secouent notre société, il est temps que la mutation à réaliser lors des élections escomptées soit apte à renforcer la consolidation du processus démocratique dans notre beau pays. La mise en œuvre de la généralisation de la protection sociale augure d’une « révolution sociale » où la personne humaine est le pivot du développement en étant facteur de la croissance et bénéficiaire des richesses créées. La répartition des fruits de la croissance ne peut être remplacée par la « politique du couffin » avilissante et blessante par tout le ramdam médiatique qui l’accompagne. Bien avant ce temps, on savait que « la générosité ne tient pas toujours lieu de solution ».